À Rome, certains bâtiments racontent autant une époque qu’un style architectural. Le palais de la civilisation italienne, installé dans le quartier de l’EUR, en est un exemple saisissant : je vous propose d’en comprendre l’histoire, les choix esthétiques, la portée politique et les conditions de visite en 2026.
Un monument romain entre rationalisme, mémoire et création contemporaine
- Localisation : le bâtiment se trouve dans le quartier de l’EUR, au sud de Rome.
- Surnom : les Romains l’appellent le « Colisée carré » en raison de ses arcs répétés.
- Construction : commencé en 1938 pour l’Exposition universelle de 1942, il a été achevé après la Seconde Guerre mondiale.
- Architecture : il mesure environ 68 mètres de haut et compte 216 arcs sur ses quatre façades.
- Usage actuel : depuis 2015, il accueille le siège romain de la maison Fendi.

Pourquoi le Colisée carré est-il devenu un symbole de Rome moderne
Le Palazzo della Civiltà Italiana est l’un des monuments les plus reconnaissables de l’EUR. Sa silhouette géométrique, posée sur un socle monumental, tranche avec les palais baroques et les ruines antiques du centre historique. Selon Turismo Roma, il représente l’une des icônes de l’architecture romaine du XXe siècle.
Son surnom de « Colisée carré » vient de ses façades couvertes d’arcades. La référence à l’amphithéâtre antique est évidente, mais le bâtiment ne cherche pas à imiter le Colisée. Il transforme plutôt un motif romain ancien en une image moderne, régulière et presque abstraite.
C’est précisément cette tension qui me paraît intéressante. Le monument semble simple au premier regard, mais il associe une construction rationaliste, une mise en scène du pouvoir et une esthétique presque métaphysique. Il ne s’agit donc pas seulement d’un bel édifice à photographier, mais d’un objet historique complexe.
Une construction liée au projet de l’EUR et à l’Italie fasciste
Le quartier de l’EUR devait accueillir l’Esposizione Universale di Roma, prévue en 1942. Le projet, lancé sous le régime fasciste, devait célébrer la modernité italienne et inscrire Rome dans une vaste expansion urbaine vers la mer. La guerre a empêché la tenue de l’exposition, mais plusieurs bâtiments ont été conservés et intégrés à la ville.
Le palais a été conçu par Giovanni Guerrini, Ernesto La Padula et Mario Romano. Les travaux ont commencé en 1938, avant d’être interrompus en 1943. L’édifice a finalement été terminé après le conflit, ce qui explique en partie son statut ambigu : il appartient à la fois à l’histoire du fascisme, à celle de la reconstruction et à celle de la Rome contemporaine.
Le quartier de l’EUR ne doit pas être lu comme un simple décor monumental. Ses larges avenues, ses perspectives très contrôlées et ses bâtiments isolés traduisent une conception politique de l’espace urbain. Le Palais de la Civilisation Italienne en constitue probablement l’image la plus immédiatement lisible.
Ce que révèle son architecture au-delà de la façade
Une géométrie pensée pour impressionner
Le bâtiment forme un parallélépipède d’environ 51 mètres de côté et 68 mètres de hauteur. Ses quatre façades sont identiques et organisées autour de six niveaux d’arcades. Au total, on compte 216 arcs, une répétition qui donne à l’ensemble une impression d’ordre et d’infini.
La structure est réalisée en béton armé, puis recouverte de plaques de travertin. Ce choix est essentiel. Le travertin renvoie directement à la tradition constructive de Rome, tout en donnant à l’édifice cette couleur claire qui le rend particulièrement spectaculaire sous le soleil méditerranéen.
Lire aussi : La Renaissance artistique, de Florence à Fontainebleau
Les sculptures et l’inscription
Deux escaliers monumentaux encadrent l’accès principal. Ils sont accompagnés de groupes sculptés représentant les Dioscures, Castor et Pollux, tandis que 28 statues en marbre évoquent différentes activités humaines et disciplines considérées comme représentatives de la grandeur italienne.
Au sommet, une inscription célèbre affirme qu’un peuple italien serait composé de poètes, d’artistes, de héros, de saints, de penseurs, de scientifiques, de navigateurs et de transmigrateurs. Cette formule appartient pleinement à la rhétorique du régime qui a commandé le bâtiment. Elle ne doit pas être prise comme une description neutre de l’histoire italienne, mais comme un discours de propagande gravé dans la pierre.
À mes yeux, c’est l’un des points les plus importants pour comprendre le monument. Admirer ses proportions ne signifie pas effacer le contexte idéologique qui les a produites. La beauté formelle et la mémoire politique existent ici en même temps.
Un monument difficile à visiter comme un musée classique
Le bâtiment se situe au Quadrato della Concordia, dans le quartier de l’EUR, au sud de Rome. Il est accessible en transports en commun, notamment par la ligne B du métro, avec les stations EUR Palasport ou EUR Magliana selon l’itinéraire choisi. La promenade depuis la station permet de découvrir plusieurs architectures du quartier.
Il faut toutefois éviter une confusion fréquente. Le Palazzo della Civiltà Italiana n’est pas un musée ouvert quotidiennement avec un parcours permanent. Il accueille les bureaux et la direction de Fendi, qui en a fait son siège romain depuis 2015. L’accès intérieur dépend donc des expositions, événements ou ouvertures ponctuelles.
Les espaces du rez-de-chaussée peuvent accueillir des manifestations culturelles et des expositions temporaires, mais les conditions changent selon la programmation. Je conseille de vérifier les informations officielles de la ville de Rome ou de Fendi avant de se déplacer, surtout si l’objectif est de pénétrer dans le bâtiment plutôt que de l’observer depuis la place.
| Élément | Information utile |
|---|---|
| Adresse | Quadrato della Concordia, quartier de l’EUR, Rome |
| Accès extérieur | La façade et la place peuvent être observées librement depuis l’espace public |
| Visite intérieure | Variable selon les expositions et les événements |
| Billet permanent | Il n’existe pas de visite muséale permanente comparable à celle du Colisée |
Comment l’intégrer dans une découverte de l’EUR
Le palais mérite rarement un déplacement isolé depuis le centre de Rome. En revanche, il devient une excellente porte d’entrée pour une demi-journée consacrée à l’architecture moderne et à l’histoire urbaine.
Je recommande de commencer par le Palazzo della Civiltà Italiana, puis de poursuivre vers le Palazzo dei Congressi, la basilique des Saints-Pierre-et-Paul, l’obélisque Marconi et le Musée des Civilisations. Le lac de l’EUR et sa promenade offrent ensuite un contraste agréable avec la rigueur minérale des grandes perspectives.
Cette visite convient particulièrement aux personnes qui connaissent déjà les monuments antiques de Rome et souhaitent changer de regard. Elle permet de comprendre comment la capitale italienne a utilisé l’architecture pour construire une image de puissance, puis comment cette même architecture a été réinterprétée par la ville, la mode et la culture contemporaine.
Pour les amateurs de photographie, les meilleurs moments sont généralement le matin ou en fin d’après-midi. La lumière rasante souligne la profondeur des arcades et les reliefs du travertin. En pleine journée, la façade peut paraître très blanche et perdre une partie de son relief, surtout par temps fortement ensoleillé.
Pourquoi son usage par Fendi change le regard sur le monument
L’installation de Fendi n’a pas transformé le palais en musée, mais elle a contribué à lui donner une nouvelle visibilité internationale. La maison de mode utilise l’édifice comme siège, espace de représentation et cadre pour certaines initiatives culturelles. Cette présence crée un dialogue entre patrimoine architectural et création contemporaine.
Ce changement d’usage soulève aussi une limite. Le bâtiment reste associé à une marque privée, alors que sa valeur historique dépasse largement les intérêts commerciaux. L’ouverture ponctuelle du rez-de-chaussée et les événements culturels permettent une certaine réappropriation publique, mais ils ne remplacent pas une politique de visite régulière.
Je trouve cette situation révélatrice de la manière dont les monuments du XXe siècle sont souvent conservés aujourd’hui. Leur entretien coûte cher, leur histoire peut être sensible et leur usage d’origine a parfois disparu. Les faire vivre grâce à une institution ou à une entreprise peut être efficace, à condition de ne pas réduire le monument à une simple image de marque.
Ce que le Colisée carré laisse derrière lui
Le Palazzo della Civiltà Italiana est à la fois une réussite de composition, un témoignage de l’urbanisme fasciste et un lieu réinvesti par la culture contemporaine. Ses 216 arcs, son travertin et ses sculptures racontent une volonté de grandeur, tandis que son histoire rappelle les dangers d’une architecture utilisée comme instrument politique.
Pour bien le découvrir, il faut prendre le temps de regarder la façade, mais aussi de replacer l’édifice dans l’ensemble de l’EUR. C’est là que le monument devient vraiment intéressant : non pas comme une copie moderne du Colisée, mais comme une image puissante et contradictoire de la Rome du XXe siècle.