Dans une vallée alpine du canton des Grisons, Peter Zumthor a imaginé bien plus qu’un centre de bien-être. Les thermes de Vals forment un monument contemporain où la pierre, l’eau, la lumière et le silence composent une expérience architecturale complète. Je vous propose d’en comprendre l’histoire, les choix de conception, la valeur patrimoniale et les conditions pratiques d’une visite.
L’essentiel à retenir sur les thermes de Vals conçus par Peter Zumthor
- 1996 marque l’ouverture du bâtiment imaginé par l’architecte suisse.
- Les thermes utilisent environ 60 000 plaques de quartzite de Vals.
- Le bâtiment évoque une carrière creusée dans la montagne, plutôt qu’un spa classique.
- L’eau thermale provient de la source Saint-Pierre et atteint environ 30 °C à la source.
- Une visite extérieure demande une réservation en ligne, avec des billets limités.

Un monument thermal né dans la montagne suisse
Les thermes se trouvent à Vals, un village de montagne situé dans le canton suisse des Grisons. Le site était déjà connu pour ses sources thermales minéralisées, exploitées depuis plusieurs générations dans une station de cure. Le projet de Zumthor s’inscrit donc dans une histoire locale bien plus ancienne que celle de l’architecture contemporaine.
Après la reprise du complexe hôtelier par la commune dans les années 1980, un concours est organisé pour renouveler les installations thermales. Peter Zumthor reçoit finalement la commande d’un bâtiment indépendant, construit entre 1993 et 1996. Cette évolution est importante, car le projet initial prévoyait une opération beaucoup plus vaste, difficile à financer pour le village.
Le bâtiment est inauguré en 1996 et obtient rapidement une reconnaissance internationale. Il bénéficie d’une protection patrimoniale cantonale dès 1998, soit seulement deux ans après son ouverture. À mes yeux, cette décision montre que le patrimoine ne se limite plus aux églises anciennes ou aux palais historiques. Une architecture récente peut devenir monumentale lorsqu’elle transforme durablement la manière de percevoir un lieu.
Pourquoi les thermes de Vals de Zumthor sont devenus une référence
Zumthor ne cherche pas à poser un objet spectaculaire devant le paysage. Il veut donner l’impression que le bâtiment est né de la montagne. Les thermes sont partiellement enterrés sous une couverture végétale qui prolonge visuellement la pente alpine. Depuis l’extérieur, l’édifice paraît presque silencieux, comme une masse de pierre dont seuls quelques fragments émergent.
L’idée directrice est celle d’une carrière dans laquelle des blocs auraient été découpés. Les volumes pleins forment les murs, tandis que les espaces entre eux deviennent des passages, des bassins et des chambres. Ce système crée le fameux méandre, un parcours intérieur qui invite à avancer, à bifurquer et à découvrir progressivement les différents espaces.
Le matériau joue un rôle décisif. Les quelque 60 000 plaques de quartzite de Vals sont empilées en strates horizontales, avec des joints réguliers qui donnent au bâtiment une unité presque géologique. Le quartzite local n’est pas un simple revêtement décoratif. Il détermine la texture, l’acoustique, la température ressentie et la relation entre le corps et l’architecture.
Une façade qui refuse l’effet spectaculaire
Je trouve particulièrement juste le choix de ne pas multiplier les signes monumentaux. Il n’y a ni grande façade vitrée ni geste formel destiné à être reconnu en quelques secondes. La force de l’édifice apparaît surtout à l’intérieur, lorsque la lumière entre par des fentes étroites et se réfléchit sur l’eau sombre.
Le béton brut, la pierre et les ouvertures contrôlées produisent une atmosphère dense. Le bâtiment ne raconte pas une histoire de manière littérale. Il fait plutôt ressentir la pesanteur de la roche, la fraîcheur de la grotte et la chaleur de l’eau.
Une architecture qui se découvre avec le corps
Les thermes ne se visitent pas comme un musée. On les comprend en marchant pieds nus, en changeant de température, en écoutant les remous et en observant les variations de lumière. Le parcours est donc sensoriel avant d’être visuel, ce qui explique pourquoi les photographies ne rendent jamais complètement justice au lieu.
Le plan rassemble plusieurs espaces spécialisés. On y trouve notamment un bassin extérieur, des bassins chauds et froids, des zones de repos, un bain de vapeur et des salles associées à différentes sensations. Les températures peuvent aller d’environ 14 °C pour le bassin froid à 42 °C pour le bassin chaud, tandis que le bassin extérieur peut atteindre près de 36 °C selon la saison.
- Le bassin extérieur ouvre le regard vers les montagnes et établit un lien direct avec le paysage.
- Les bassins intérieurs jouent sur la pénombre, les reflets et la sensation d’être dans une cavité.
- Les espaces chauds et froids donnent au bain une dimension presque rituelle.
- Les salles de repos ralentissent la circulation et empêchent l’expérience de devenir une simple succession de bassins.
L’eau de la source Saint-Pierre sort naturellement à environ 30 °C et possède une forte minéralisation. Il faut toutefois éviter de présenter cette eau comme un traitement médical universel. Le bénéfice recherché relève surtout de la détente, de la chaleur et du changement d’environnement. Pour les personnes ayant une condition médicale particulière, les précautions habituelles liées aux bains très chauds restent nécessaires.
Comment organiser une visite sans perdre l’expérience
La popularité du site impose un minimum d’anticipation. Les visiteurs extérieurs doivent réserver leur entrée en ligne, car le nombre de billets est limité afin de préserver une occupation compatible avec le calme recherché. Je conseille de choisir un créneau en semaine ou en dehors des périodes de vacances si l’objectif principal est de ressentir l’architecture dans une ambiance plus apaisée.
| Situation | Horaires annoncés | Tarif indicatif |
|---|---|---|
| Visiteurs extérieurs, lundi et mardi | 11 h à 18 h | 70 CHF pour un adulte, 55 CHF pour un enfant |
| Visiteurs extérieurs, mercredi à dimanche | 11 h à 20 h | 85 CHF pour un adulte, 60 CHF pour un enfant |
| Adulte avec carte d’hôte de Vals | Selon le créneau disponible | 60 CHF |
| Client de l’hôtel 7132 | À partir de 7 h selon l’hébergement | Accès inclus dans la réservation |
Les tarifs publiés peuvent évoluer, notamment selon la saison et les conditions de réservation. Les serviettes sont incluses dans le billet, tandis que le peignoir peut être proposé avec un supplément. Les enfants sont admis à partir de 6 ans pour les visiteurs extérieurs, accompagnés d’un adulte. Les règles peuvent différer pour les clients de l’hôtel.
Il faut aussi savoir qu’il n’est pas possible de ressortir puis de rentrer à nouveau avec le même billet. Les repas ne sont pas autorisés dans les thermes et les téléphones ou appareils munis d’un appareil photo doivent rester à l’écart. Cette contrainte peut frustrer certains visiteurs, mais elle protège précisément ce qui rend le lieu précieux, à savoir la continuité de l’expérience et l’absence de mise en scène permanente.
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Faut-il dormir sur place
Pas nécessairement. Une entrée à la journée suffit pour découvrir l’architecture. En revanche, un séjour à l’hôtel 7132 donne accès aux bains sur une période plus large et permet parfois de profiter des baignades nocturnes organisées certains soirs. Pour une première découverte, je réserverais d’abord la visite des thermes, puis l’hébergement seulement si le budget et le temps le permettent.
Le complexe comprend aussi le House of Architects, avec des chambres conçues par Peter Zumthor, Tadao Ando, Kengo Kuma et Thom Mayne. C’est un prolongement intéressant pour les amateurs d’architecture, mais il ne faut pas confondre cette offre hôtelière avec la visite du monument lui-même.
Un patrimoine contemporain à regarder avec un peu de recul
La célébrité des thermes tient à leur cohérence. Le matériau local, la source, la pente du terrain, la lumière et le parcours intérieur appartiennent à une même conception. Rien ne semble ajouté pour produire une image. Cette économie de moyens explique en partie pourquoi le bâtiment conserve sa force plusieurs décennies après son ouverture.
Peter Zumthor reçoit le prix Pritzker en 2009, mais les thermes ne doivent pas être réduits à l’œuvre d’un architecte récompensé. Leur intérêt patrimonial vient aussi du dialogue entre une activité traditionnelle et une architecture nouvelle. Le projet a renforcé la renommée de Vals tout en donnant une forme contemporaine à une pratique ancienne, celle du bain thermal.
Il existe malgré tout une limite à garder en tête. La réputation internationale attire de nombreux visiteurs, et la fréquentation peut affaiblir le silence et la sensation d’intimité que l’architecture cherche à créer. Les thermes ne sont donc pas toujours une retraite solitaire. Leur qualité dépend en partie du créneau choisi et de la capacité de chacun à respecter le rythme calme du lieu.
Je déconseille aussi de venir uniquement pour obtenir une photographie spectaculaire. L’extérieur est relativement discret et l’intérieur interdit les appareils photographiques. Ceux qui acceptent cette absence d’image repartent généralement avec une impression plus durable, faite de sons, de températures, de textures et de souvenirs spatiaux.
Voir Vals comme une œuvre habitée
Les thermes de Vals conçus par Peter Zumthor sont à la fois un équipement thermal, un exemple majeur de l’architecture du XXe siècle finissant et un monument protégé. Leur réussite tient à une idée simple mais exigeante, faire de la pierre, de l’eau et de la lumière les véritables acteurs de l’expérience.
Pour les découvrir dans de bonnes conditions, il faut réserver à l’avance, prévoir au moins deux heures sur place et accepter de ralentir. Ce n’est pas un décor que l’on consomme rapidement, mais un lieu qui demande une attention tranquille. C’est précisément cette durée sensible qui permet de comprendre pourquoi cette architecture continue de compter dans l’histoire du patrimoine contemporain.