À Saint-Cloud, une maison familiale semble flotter entre les arbres, le verre et le ciel parisien. Conçue par Rem Koolhaas pour les époux Boudet, la Villa Dall’Ava intrigue par sa piscine sur le toit, ses volumes décalés et son inscription dans un quartier résidentiel traditionnel. Je vous propose d’en comprendre l’histoire, les choix architecturaux, la portée patrimoniale et les conditions réelles de visite.
Une maison moderne devenue un repère du patrimoine contemporain
- Localisation : Saint-Cloud, dans les Hauts-de-Seine, à l’ouest de Paris.
- Architecte : Rem Koolhaas, avec son agence OMA.
- Chronologie : un projet engagé en 1984 et achevé en 1991.
- Particularité : une piscine installée au niveau du toit entre deux volumes habitables.
- Protection : inscription au titre des monuments historiques par arrêté du 22 mai 2018.
- Visite : il s’agit d’une propriété privée, sans accès libre au public.
Où se trouve la Villa Dall’Ava et pourquoi ce lieu compte
La maison se trouve au 7 avenue Clodoald, à Saint-Cloud, dans un secteur résidentiel marqué par des demeures des XIXe et XXe siècles. La parcelle s’étend sur un terrain en forte pente qui descend vers la Seine, le bois de Boulogne et Paris. Cette topographie n’est pas un simple décor. Elle commande la manière dont la maison s’élève, s’ouvre et organise ses vues.
Le contraste avec le voisinage est immédiat. Les maisons environnantes évoquent une tradition bourgeoise faite de jardins clos, de façades régulières et de matériaux familiers. Ici, Rem Koolhaas installe une composition faite de verre, d’aluminium, de béton et de volumes en porte-à-faux. Le projet ne cherche donc pas à imiter le quartier, mais à négocier avec lui.
Cette tension explique une partie de la lenteur du chantier. La modernité très visible du projet, notamment ses grandes surfaces vitrées, a suscité des oppositions dans le voisinage et retardé sa réalisation. À mes yeux, c’est précisément ce frottement entre une architecture expérimentale et un environnement résidentiel classique qui donne au bâtiment sa force historique.
Une commande familiale transformée en manifeste architectural
Les commanditaires souhaitaient une maison pour un couple et leur fille, avec deux espaces d’habitation distincts. Ils demandaient aussi une piscine sur le toit, capable d’offrir une vue dégagée sur Paris et la tour Eiffel. Koolhaas a reçu une grande liberté de conception, ce qui lui a permis de traiter le programme comme une véritable expérience spatiale plutôt que comme une maison conventionnelle.
| Élément | Information |
|---|---|
| Architecte | Rem Koolhaas, OMA |
| Programme | Maison familiale composée de deux unités d’habitation |
| Période du projet | 1984-1991 |
| Achèvement | 1991 |
| Statut actuel | Propriété privée inscrite au titre des monuments historiques |
Le choix de deux appartements séparés répond à une demande très concrète, mais il produit aussi une réflexion sur la vie familiale. Les parents et leur fille disposent de leur propre territoire, tandis que les espaces communs organisent les rencontres. La maison devient ainsi un compromis entre indépendance domestique et vie collective.
Le projet a également une dimension presque théâtrale. Depuis la rue, certains éléments semblent suspendus ou déplacés les uns par rapport aux autres. À l’intérieur, les rampes, les escaliers et les changements de niveau construisent une promenade qui donne au déplacement autant d’importance qu’à la pièce elle-même.

Comment fonctionne son architecture
La composition repose sur un volume central vitré auquel viennent s’ajouter deux blocs d’habitation décalés. Ces blocs ne sont pas simplement posés l’un au-dessus de l’autre. Ils s’avancent dans des directions différentes, comme s’ils cherchaient chacun leur propre cadrage sur le jardin et le paysage parisien.
Un pavillon de verre qui n’est pas entièrement transparent
Le verre donne une impression d’ouverture, mais la maison n’est pas conçue comme une vitrine permanente. Des panneaux, des rideaux, des parois translucides et des éléments en bambou filtrent les regards. Cette alternance entre transparence et protection est essentielle, car le terrain est proche des propriétés voisines.
La cuisine, notamment, est dissimulée derrière une paroi courbe et translucide. Ce détail montre que Koolhaas ne cherche pas une transparence uniforme. Il préfère créer des degrés de visibilité, avec des espaces exposés, d’autres protégés et certains seulement devinés.
Une piscine qui structure toute la maison
La piscine est installée au sommet du volume central. Elle ne fonctionne pas comme un simple équipement de loisir ajouté après coup. Son poids et sa position influencent la structure, la silhouette et la circulation du bâtiment. Elle devient une sorte de pièce suspendue qui relie les deux parties de la maison.
Depuis le sol, le bassin est relativement discret. Il faut monter pour en percevoir pleinement la présence et profiter de la vue. Ce choix renverse les habitudes de la maison bourgeoise, où la terrasse ou le jardin occupent généralement le rôle de belvédère. Ici, le toit devient le point de vue principal.
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Le terrain comme matériau de projet
Le garage se situe au niveau de la rue, tandis que la maison et le jardin suivent la pente. L’implantation peut être comprise comme une succession de trois bandes, avec l’accès automobile, le volume habité puis le jardin. Cette organisation évite de traiter le terrain comme une surface plane à corriger.
Je trouve ce point particulièrement instructif pour comprendre l’œuvre. La villa ne se contente pas d’être originale par sa forme. Elle utilise la pente, les arbres, les murs et les vues comme des éléments de construction à part entière. Le paysage n’est pas placé devant l’architecture, il participe à son fonctionnement.
Pourquoi cette maison est importante dans l’histoire de l’architecture
La Villa Dall’Ava appartient à une génération de projets qui revisitent les principes du modernisme sans les reproduire littéralement. On y retrouve le goût du plan ouvert, du toit accessible, de la structure lisible et de la relation directe avec le paysage. Mais ces principes sont recomposés avec une attitude plus ironique, plus fragmentée et moins dogmatique.
Le bâtiment dialogue aussi avec les villas modernes de Le Corbusier, notamment par l’importance donnée au toit et à la promenade architecturale. La différence est de taille. Là où la villa moderniste classique cherche souvent une unité géométrique très nette, Koolhaas assume ici le choc entre plusieurs formes et plusieurs logiques.
Le projet est souvent présenté comme une maison de verre, mais cette formule reste incomplète. Ce qui la rend intéressante, c’est la contradiction entre son apparente légèreté et la présence massive du béton, entre son ouverture visuelle et le besoin constant d’intimité, entre la précision du plan et l’impression de désordre donnée par les volumes suspendus.
La maison montre aussi que l’architecture contemporaine ne dépend pas uniquement de matériaux coûteux ou de formes spectaculaires. Sa réussite tient surtout à l’articulation entre programme, site, structure et expérience quotidienne. La piscine attire le regard, mais c’est l’ensemble du dispositif qui fait œuvre.
Peut-on visiter cette œuvre patrimoniale
La maison reste une propriété privée. Elle ne se visite donc pas librement comme la Villa Savoye ou certains monuments ouverts toute l’année. Il est possible d’en observer certains aspects depuis l’espace public, mais cela ne donne aucun droit d’accès au jardin, à la parcelle ou aux espaces intérieurs.
La protection officielle est une inscription au titre des monuments historiques, et non un classement. Selon la fiche Mérimée du ministère de la Culture, cette protection concerne les murs de clôture, la parcelle du jardin, les façades, les toitures et l’intérieur de la villa. Ce périmètre est important, car il reconnaît la valeur de l’ensemble et pas seulement celle de la façade visible depuis la rue.
Une ouverture exceptionnelle peut éventuellement être proposée lors d’un événement culturel ou des Journées européennes du patrimoine, mais elle doit être vérifiée dans la programmation officielle de l’année concernée. Je déconseille de se rendre sur place avec l’idée d’une visite garantie. Le meilleur comportement consiste à respecter les limites de la propriété et à considérer l’observation extérieure comme un complément, non comme une visite intérieure.
Pour approfondir, les photographies, plans, maquettes et documents conservés par les institutions architecturales sont souvent plus utiles qu’une simple vue de rue. Le Centre Pompidou conserve notamment des éléments liés à l’étude de la villa, ce qui permet de comprendre les intentions de Koolhaas et la relation entre dessin, structure et réalisation.
Ce que cette maison apprend encore aux visiteurs
La Villa Dall’Ava ne doit pas être réduite à l’image spectaculaire d’une piscine posée sur un toit. Elle raconte une autre manière d’habiter la pente, de partager une maison familiale et de construire une intimité dans un environnement dense. Son intérêt patrimonial vient autant de ses formes que des questions qu’elle pose sur la modernité.
Je retiens surtout une leçon simple. Une architecture peut s’intégrer à un quartier sans reprendre son langage, à condition de répondre avec précision au site et aux usages. À Saint-Cloud, le verre, le béton et les volumes suspendus ne cherchent pas à effacer le paysage existant. Ils le cadrent, le mettent en tension et invitent à le regarder autrement.